L'intervention psycho-médico-sociale auprès des familles: nouvelles perspectives, nouveaux outils. Conférences données à Lille et à Toulouse en nov 2010.
Ces journées s’adressent aussi bien à des professionnels ayant une pratique régulière de psychothérapeute ou de superviseur, qu’à des professionnels ayant une mission d’aide dans des contextes non explicitement thérapeutiques.
PREMIÈRE JOURNÉE : UN MODÈLE D'INTERVENTION EN COUPLE ET EN FAMILLE
Éric Trappeniers offrira aux participants une opportunité d’acquérir des compétences dans le domaine de l’intervention systémique et des thérapies de couples et de familles.
PROGRAMME :
8h30_9h00 : _Accueil des participants.
9h00_9h45 : _Notre client n’est pas l’individu, notre client, c’est la relation.
9h45_10h30 : _Présentation du modèle d’intervention en couple d’Éric Trappeniers : simulation d’un premier entretien conjugal.
10h30_11h00 : _Pause
11h00_12h00 : _Éric Trappeniers créera des situations expérientielles et indiquera comment son approche envisage la suite du travail avec le couple.
12h00_12h15 : _Discussion avec les participants.
12h15_14h00 : _Repas libre
14h00_14h45 : _Les enjeux du premier entretien : du symptôme au contexte.
14h45_15h30 : _Présentation du modèle d’intervention en famille d’Éric Trappeniers : simulation d’un premier entretien familial.
15h30_16h00 : _Pause
16h00_17h00 : _Éric Trappeniers décrira étape par étape, l’évolution d’une première séance de thérapie familiale et comment il envisage les étapes ultérieures.
17h00_17h15 : _Débat avec les participants.
DEUXIÈME JOURNÉE : TRAVAILLER AVEC LES FAMILLES EN INSTITUTION, DÉNOUER LES IMPASSES THÉRAPEUTIQUES
La matinée sera consacrée aux enjeux du travail systémique en institution. L’accent sera mis sur les méthodes de travail qui permettent d’introduire une logique de complémentarité plutôt que de concurrence, que ce soit entre un enfant et sa famille, la famille d’accueil, l’école, une autre institution etc...
L’après midi sera réservée à une réflexion sur les situations d’impasse dans le travail psycho-médico-social, il décrira et illustrera comment le professionnel peut travailler de façon rigoureuse et créative dans des situations d’aide contrainte, pseudo demandes ou pseudos problèmes...
Pendant ces deux journées, Éric Trappeniers à travers les situations proposées, exposera son modèle d’intervention, l’approche systémique expérientielle, appliquée au travail avec un couple, avec une famille, dans un contexte institutionnel, ou dans des situations d’impasse thérapeutique. Il montrera, pas à pas, la manière dont il réalise un premier entretien dans sa pratique psychothérapeutique. Il décrira également les étapes ultérieures aux séances préliminaires dans chaque situation proposée.
PROGRAMME :
8h30_9h00 : _Accueil des participants.
9h00_9h45 : _Les enjeux systémiques du travail avec les familles, en institution.
9h45_10h30 : _Simulation d’une supervision d’équipe en institution.
10h30_11h00 : _Pause
11h00_12h00 : _Suite et fin de la simulation.
12h00_12h15 : _Discussion avec les participants.
12h15_14h00 : _Repas libre.
14h00_14h45 : _Les situations d’impasses thérapeutiques : distinguer une plainte, une commande, une demande.
14h45_15h30 : _À partir d’illustrations tirées de sa pratique quotidienne, Éric Trappeniers montrera comment créer le changement en s’utilisant au cœur de situations paradoxales.
15h30_16h00_Pause
16h00_17h00 : _Comment s’utiliser avec des gens qui disent ne rien avoir à demander : simulation d’un premier entretien.
17h00_17h15 : _Discussion avec les participants et clôture des travaux.
RESUME DES JOURNEES DE FORMATION :
L’INTERVENTION PSYCHO-MEDICO-SOCIALE AUPRES DES FAMILLES
Eric TRAPPENIERS
- NOVEMBRE 2010 -
Il s’agit de la première conférence de l’IEFT où Eric Trappeniers est seul intervenant.
L’Institut d’Etudes de la Famille a été créé en 1985.
En 2000, Eric Trappeniers a créé son propre Institut à Toulouse, puis à Lille.
Eric Trappeniers est « le plus jeunes des anciens systémiciens », c’est-à-dire de ceux de la première génération de thérapeutes familiaux. Alain Boyer (philosophe) a beaucoup aidé à développer le modèle propre à Eric Trappeniers.
« J’ai eu la chance, dans ma vie, de rencontrer des personnes qui m’ont suffisamment aimé et aidé à me développer ».
« Ma journée de travail, de 9h à 19h, consiste à rencontrer des couples et des familles ».
Notre client n’est pas l’individu,
Notre client, c’est la relation
L’approche systémique ne va pas s’intéresser au sens du symptôme, mais à sa fonction. C’est l’approche psychanalytique qui s’intéresse au sens. Quant à l’approche comportementale, elle ne s’intéresse ni au sens ni à la fonction, elle est centrée sur le symptôme.
Très fréquemment, on se centre sur les émotions ou le contenu. Tous les thérapeutes familiaux ont créé un modèle à partir de leur histoire et de ce qu’ils sont.
Eric Trappeniers évoque des éléments de son histoire : de 22 à 32 ans il a suivi une analyse (5 fois par semaine). Cela l’a beaucoup aidé à s’extirper de sa famille d’origine, qui était particulière, comme toutes les familles… Il a grandi entouré d’une mère protestante française, d’un père juif libanais et de sa grand-mère paternelle. Un des moments difficiles était celui des repas (plats français et plats libanais en concurrence). Mais quand on est enfant, on ne se rend pas compte : on vit, on fait, on expérimente… et après on réfléchit. L’analyse lui a permis de se mettre à distance de ce qu’il vivait au quotidien dans sa famille. Mais plus il fusionnait avec son analyste et plus il s’éloignait du monde dans lequel il était. Et avoir 5 séances par semaine, cela occupe les soirées et n’aide pas à se mettre en lien avec les autres ! C’est la théorie du sac : plus la personne parle seule au thérapeute, moins elle parle à sa famille, à son conjoint.
En 1981, Eric Trappeniers rencontre Mony Elkaim et l’approche systémique.
Mais pour Eric Trappeniers, si l’approche psycho-dynamique occulte le contexte, la systémique, elle, occulte l’individu : il se demande alors comment prendre en compte les deux. Le cas de certains couplages pose question : la femme critique sans arrêt son mari qui boit, ou bien l’époux frappe sa femme, mais les gens ne se quittent pas.
Comment passer d’une situation linéaire :
« Qu’est-ce que A fait à B ? »
A une situation circulaire :
« Qu’est-ce que A et B font ensemble ? »
Ce sont des questions qui ont beaucoup fasciné Eric Trappeniers, qui ponctue sa réflexion par : « J’ai été le thérapeute raté de mes parents ». On vit une chose, on la mâchouille, et ça ne prend sens qu’après. « J’ai fait ce que j’ai pu pour maintenir mes parents ensemble, tout un tas de conneries, ils ont quand même divorcé. Et ma mère me dit Eric, je me suis sacrifiée pour toi, j’ai attendu que tu aies 26 ans pour divorcer. »
Une condition pour être thérapeute familial est d’avoir été le thérapeute raté de sa propre famille, car on ne fait pas ça sans raison pour soi. Cela peut pacifier de comprendre que les gens font ce qu’ils peuvent.
« L’individuation m’intéresse plus que l’individu ».
On grandit dans un monde où on confond la limite et le rejet, où il est difficile de dire non. Ce qui fait la richesse d’une personne, c’est sa congruence et pas la théorie d’un modèle (cf. la 3ème génération de la cybernétique intergalactique). Eric Trappeniers précise donc qu’il a beaucoup de respect pour la psychanalyse à partir du moment où l’analyste est congruent.
Un autre grand problème, c’est la séduction.
« La séduction, c’est affreux. Mais c’est bon !... et pas bon ! »
Quand on rencontre quelqu’un, on se montre sous son meilleur jour : mais après, il faut tenir ce qu’on a montré !
Distinguer l’émotion de la relation va être un objectif de ces 2 journées.
Ex : la famille d’une anorexique.
Plan émotionnel : la JF peut mourir, elle est en position de faiblesse.
Plan relationnel : la JF contrôle tout, elle est en position de force.
La force des faibles. La plupart de nos patients connaissent ça par cœur, sans pour autant le faire exprès. La force des faibles est imparable, redoutable, très puissant. Ca marche à tous les coups. « Tu ne fais pas ce que je veux, alors je me suicide ».
« Vous allez dire, et l’amour dans tout ça ?
Je répondrais que l’amour, c’est fait pour les êtres évolués, pas pour les basiques. »
Les hommes ne placent pas le problème au même endroit que les femmes.
Ex : Mme se plaint que M ne l’aide pas à la maison.
M se plaint que Mme n’est pas « disponible » (traduire par manque de relations sexuelles).
La question est alors : qui va commencer ?
Précision : dans la thérapie de couple le thème des relations sexuelles est un élément parmi les autres éléments, et il n’est jamais le thème dominant. Il existe des couplages thérapeutiques.
« Bientôt, vous allez assister aux grandes manœuvres : Noël. Quand je travaille toute la journée, je me sens respecté. Je rentre chez moi et quand je dis quelque chose, on me dit Ah ! c’est le psy qui parle ! »
Il y a des moments où se construisent des choses, où se sculptent des fonctionnements : la naissance, le mariage, le réveil après la lune de miel… Surtout, je vous conseille de ne pas boire. Le 31, c’est la prescription paradoxale : il faut s’amuser.
Un handicap majeur dans nos métiers, c’est la culpabilité. Quand on commence à se sentir coupable, on ne peut plus analyser ce qui se passe. Il faut alors se poser la question : en quoi ça arrange l’autre que je me sente coupable ? La solution renforce souvent le problème. Rendre l’autre responsable de ce qui vous arrive, c’est très fréquent.
Les thérapies familiales sont apparues dans les années 50. En France, en 1965, Laing et Cooper initiaient le mouvement de l’antipsychiatrie. Les premiers thérapeutes familiaux s’intéressaient à la position META, c’est-à-dire un dispositif avec miroir sans tain, comme si celui qui était à l’extérieur savait mieux que celui à l’intérieur ce qu’il fallait faire. Ca, c’était la première cybernétique.
Pour Eric Trappeniers, il n’existe pas d’extraterritorialité et il refuse la position d’expert. Nous sommes tous formés à l’objectivité, à penser que ce qu’on voit on le voit. Mais en fait on travaille sur la construction de la réalité. Si ce qu’on me raconte est vrai, ça ne m’intéresse pas.
AIDER, c’est quoi ?
Etre à côté de quelqu’un mais sans faire à sa place. Car plus on fait à sa place et moins la personne sait faire.
En ce qui concerne les couples hétéro ou homo, au bout du compte c’est toujours pareil, y’en a toujours un qui reproche quelque chose à l’autre. Certains ne peuvent s’individuer que dans la colère. Poser des questions sur le quotidien donne des indications très importantes.
Simulation d’un premier entretien conjugal
3 personnes en Europe sont capables d’exposer des simulations non préparées à l’avance. Dans les conférences en systémique, il est exposé des illustrations. Le scénario de la simulation n’est pas contrôlé par Eric Trappeniers : cela reconstitue bien la part d’imprévu de nos métiers. Ce type de simulation, en direct, Eric Trappeniers est le seul à exécuter cela en France.
T (Trappeniers) : Bonjour… Bonjour… Je vous écoute.
A (Alain) : Je suis infirmier, là où je travaille on m’a conseillé de vous rencontrer.
T : Vous vous appelez… Vous êtes marié ? …
C (Caroline) : Depuis 25 ans !
A : Ma femme veut partir travailler à la Réunion.
C : Je suis éducatrice, je veux partir travailler avec des familles à la Réunion.
T : Et vous Monsieur ?
A : Je ne veux pas partir, je suis Toulousain, on a nos enfants à Toulouse, une maison…
T : Et l’idée que Madame parte seule ?
A : Non !
C : Moi, oui !
A : Si tu t’en vas on divorce. Vous comprenez, je ne veux pas me séparer et ni la voir partir… Vous pensez que vous pouvez faire quelque chose pour nous ?
T : Oui, vous Monsieur, je vais vous aider à faire en sorte qu’elle ne parte pas.
C : Vous n’y arriverez pas !
T : Oui, mais à vous Madame, je vais vous aider à partir.
* * *
Commentaire
Il faut au moins définir un problème commun au couple avant de commencer à travailler. Là, on a une configuration émergente « je veux changer de couple sans changer d’homme ». Ca, c’est l’événement documentaire. Ensuite, il faut distinguer la commande de la demande : Monsieur dit qu’un collègue médecin l’envoie, mais il n’a pas de demande personnelle. De plus, quand j’entends de Madame « je dois m’éloigner pour mon travail », ça veut dire ce que ça veut dire.
Il convient de distinguer 3 catégories d’usagers :
1 / Les « gens comme nous », qui ont une fibre thérapeutique, c’est-à-dire qui relient ce qui leur arrive à une histoire (personnes qui ont un imaginaire, qui associent, …).
2 / Les gens qui arrivent et qui disent « Y’a ça » et qui attendent bouche ouverte que vous leur apportiez la solution. Dans ce cas, plus on va proposer des solutions, et pire c’est.
3 / Les gens qui ne s’ouvrent que pendant la crise. Pendant une semaine ils sont hospitalisés et à la sortie tout se passe comme si rien ne s’était passé.
Là, dans cette situation, il y a un problème de pouvoir. Monsieur refuse tout mouvement. Or, quand quelqu’un dans un couple se rigidifie, l’autre aussi. Si on élargit le champ d’observation, on peut travailler sur le lien.
* * *
T : Je vous écoute, je ne sais pas comment aller plus loin.
A : Vous avez dit que vous pouvez …
T : Oui, je peux vous donner des astuces pour qu’elle rate son départ.
A : Mais si elle ne part pas, elle va être malheureuse.
C : On peut au moins essayer, pendant 1 an.
T : Si je comprends, vous avez eu une vie bien huilée, pendant 25 ans, maison, boulot, enfants… et maintenant, Madame se réveille et veut se réaliser professionnellement. Après tout (en regardant Alain), laissez-la partir et bon vent !
A : Mais je ne veux pas me retrouver seul !
T : Une de perdue, 10 de retrouvées !
C : Il n’en retrouvera pas deux comme moi !
T : Ce n’est peut-être pas une mauvaise chose !
* * *
Commentaire
Ce n’est pas en retenant les gens qu’on les retient. Technique : poser le pire, c’est-à-dire la séparation, être en décalage, faire des hypothèses pour comprendre le fonctionnement du couple.
* * *
T : Peut-être il vous faut divorcer transitoirement.
A : Mais enfin, on est ensemble depuis 25 ans !
T : Et alors ?
A à C : Tu veux divorcer ?
C : Non.
A : Je ne peux pas concevoir de partir.
C : C’est ça le problème, il n’a jamais voulu bouger. Pour une fois, pourquoi ne pas tenter cette aventure ?
A : En plus, les gosses sont de son côté !
T : Je comprends que votre tête veut la suivre, mais votre cœur ne veut pas. Madame veut avoir une action thérapeutique sur vous, elle veut vous dépoussiérer !
C : Pendant toutes ces années, je n’ai pas bougé, je n’ai rien dit.
A : Et pourquoi maintenant tu veux que ça change ?
T : Parce que c’est une femme !
C : Quoi ?! Vous dites que toutes les femmes sont pareilles ?
T : Non, je dis qu’une femme peut avoir des fantaisies.
A : Maintenant elle me reproche qu’elle a subi un enfermement.
T : Madame veut renégocier les termes du contrat de votre relation de couple.
C : Chacun son tour.
A : Mais c’est brutal, ça va trop vite !
T : Nous nous sommes rencontrés pour la première fois, je vous propose de vous revoir pour continuer ce travail ensemble.
A : Pour travailler quoi exactement ?
T : Monsieur, c’est comme au poker, il faut payer pour voir ! Ce que nous travaillerons, c’est la renégociation de votre contrat de relation de couple. En ce qui me concerne, je suis prêt à travailler avec vous. Vous pouvez réfléchir, prendre le temps d’en reparler à froid puis vous me donnerez votre décision.
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Le couple réfléchit : est-ce qu’il va continuer la thérapie ou pas ?
Question de la salle : Il y a la problématique de l’abandon de l’homme au bout de 25 ans de mariage, comment cela peut être travaillé ?
Réponse : pour l’instant, ça n’intéresse pas le couple de réfléchir sur leur lien, sur la qualité de leur lien. Des gens vont vouloir s’individuer, d’autres vont vouloir continuer la bagarre et rester en fusion. La situation présente se rencontre très souvent.
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A : On a décidé de continuer, car sinon on ne va pas s’en sortir seuls. J’ai beaucoup réfléchit à ce que vous avez dit, je me dis que vous avez raison, que je devrais la suivre. En théorie, c’est OK, mais en pratique, des tas de choses sont compliquées.
T : Le départ est prévu pour quand ?
C : Juin. Mais je donne mon préavis de démission en février.
T : Vous pourrez toujours leur dire que vous changez d’avis.
C : Non, je ne ferai pas ça, quand je m’engage, je m’engage.
A : Ah ça, oui !
T : Qu’est-ce que vous voulez dire Monsieur ? Et, en dehors de ce problème, est-ce que d’autres problèmes vous traversent, dans votre quotidien ?
A : Non.
C : Avant, je m’occupais des enfants. Depuis qu’ils sont grands, je m’ouvre sur l’extérieur.
A : On dirait qu’elle a 25 ans.
C : J’ai eu l’impression de faire une parenthèse pendant que j’élevais les enfants.
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Commentaire
Vous avez 2 personnes, confrontées à une relation d’intimité et qui ont constamment besoin de mettre des tiers entre eux pour se maintenir ensemble. Il est important que le thérapeute mesure le degré d’intimité du couple.
Dans le cas d’alliance, on peut parler de la relation qu’on a.
Dans le cas de coalition, on a besoin d’un tiers.
Là, le problème, c’est que le problème pour lequel le couple consulte n’est pas un problème mais une solution.
Là, lors de la simulation, les participants entendent les commentaires d’Eric Trappeniers et du coup, il « grille ses cartouches ». Eric Trappeniers conseille de ne jamais méta-communiquer avec les patients. Zorro, par exemple, ne se heurte jamais de front à une règle dans la journée. Idem pour Colombo qui ne se heurte pas de front pour obtenir les informations pertinentes.
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Débriefing des participants
Alain a été assez rapidement en capacité d’envisager de bouger de sa position, alors qu’il était arrivé très rigide. Une fois que les bagarres et les jeux relationnels sont évacués, que reste-t-il ? On tombe alors sur la question du sens (le sens de cette relation de couple). Eric Trappeniers explique : « dès le départ je me dégage de toute culpabilité, je ne vais surtout pas à la pêche. Monsieur veut A, Madame veut B : je dis Monsieur je vais vous aider à A, et Madame je vais vous aider à B. Du coup, ils se regardent et se disent qu’ils ont un problème puisque je ne veux pas de leurs deux problèmes tels qu’ils me le présentent ».
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Les entretiens de couple sont très difficiles car chacun veut rattacher le thérapeute (tiers) à sa cause, et ils le font sans faire exprès. L’idée est que soi-même, il faut développer des capacités qui permettent de ne pas rentrer dans les coalitions. Comment essayer d’être équitable avec des gens qui ont dans des logiques de pour ou contre, et introduire une troisième dimension qui consiste à n’être pas d’accord sans être contre ? Mon hypothèse : comment est-ce que l’autre utilise son conjoint pour se différencier de sa propre famille ?
Les enjeux du premier entretien familial :
Du symptôme au contexte
Dans une famille, il y a la production d’un symptôme (toxicomanie, échec scolaire, anorexie…). Toute la famille se rassemble autour de ce symptôme.
« Quand je reçois des familles, j’apprends aux personnes ce que parler veut dire. Quand ils me demandent « comment allez-vous ? », je leur demande si ça les intéresse vraiment. S’ils me disent oui, je commence à leur expliquer que je suis fatigué, etc, etc. Au bout d’un moment ils réagissent « enfin, on vient vous voir pour parler de nous ! »
L’induction de la crise thérapeutique : cet outil consiste à relever l’implicite et le rendre explicite. C’est une « spécialité » d’Eric Trappeniers qui crée une tension très particulière.
Face à un symptôme, il s’agit de se demander à quoi le symptôme permet de s’adapter.
Le symptôme est une adaptation au contexte.
Il y a 2 types de situations :
- situations non étiquetées, avec des problèmes de la vie quotidienne,
- situations où un membre est étiqueté
La manière de travailler est différente. Quand il existe une étiquette, c’est plus difficile et cela demande un travail supplémentaire. Il faut toujours se demander qui a le plus à perdre si le symptôme disparaît. Le maintien du symptôme permet l’homéostasie c’est-à-dire l’équilibre du système. Un régulateur homéostatique, c’est par exemple le gamin qui s’agite à des moments où les parents pourraient être en conflit (pendant les repas notamment).
Jusqu’à 3 ans, les enfants voient, comprennent, sentent les choses… sauf qu’on les dresse très tôt à être polis. A la base, les enfants sont bruts, l’éducation les polit. Mais à la base, on a tous cette capacité à voir les choses de manière authentique. Ces « couches » de polissage successives induisent des faux-self. Il faut apprendre à se faire davantage confiance en s’écoutant, et en relevant des choses simples mais qui sont ressenties, vues, entendues.
Un autre point important : la négociation du cadre, ce qui est fatiguant mais essentiel (« si vous m’attachez une main dans le dos, ce sera plus difficile pour vous aider »).
Une erreur fondamentale : si un parent vous voit vous allier avec son enfant, vous ne revoyez pas les parents.
Règle de base : travailler avec les parents pour aider les enfants.
Autre point : la co-thérapie est intéressante, mais il y a dilution de la responsabilité. Cela dit, c’est un travail particulier de confiance et de combinaison.
Simulation d’un premier entretien familial
Dès le début de l’entretien, Bernard se montre insolent. Eric Trappeniers le remet à sa place immédiatement : puis lui dit d’être indulgent car il a le cerveau lent. Après un tour où tout le monde se présente, le thérapeute donne la parole à la grand-mère (surprise) qui habite à l’étage pour exposer ce qui se passe. La grand-mère dit qu’Emilie a peut-être des problèmes psychologiques, et que Philippe ne soutient pas sa femme. Philippe dit qu’il n’y a pas de problème avec Emilie, qu’elle fait juste sa crise d’ado. Roselyne pointe que quand même, il y a des insultes envers elle qui sont très dures. Philippe continue de minimiser.
Commentaire
« Je ne peux pas commencer à travailler si je n’ai pas un accord minimal des 2 parents ». Attention, car pour l’instant, la famille souhaiterait que je définisse le problème : je suis donc en train d’éprouver la place de la fille Emilie. Ne surtout pas commencer à travailler si un des membres de la famille n’est pas d’accord sur le problème. Pour obtenir un consensus de base : demander à Monsieur de faire semblant qu’il y ait un problème pour pouvoir continuer les séances.
* * *
Eric Trappeniers a mis au centre la grand-mère, laquelle veut développer le « côté occulte » sans en avoir la responsabilité. La plupart du temps, on aurait tendance à écarter la grand-mère ou la belle-mère : or, ça renforce sa position. Du coup, les membres ont changé de place lors de la 2ème séance : femme et mari sont côte à côte.
Eric Trappeniers redonne en premier la parole à la grand-mère et insiste pour qu’elle reprenne sa place de « délégué du personnel » auprès de sa fille. Du coup, elle se met en retrait. On peut alors se rendre compte que mère et fille ont un numéro de cirque bien rodé : elles sont en alliance malgré la pseudo-hostilité.
Quand un enfant est instable ou vulgaire : « que tu fasses ça chez toi ça ne me dérange pas, mais chez moi ça ne se passera pas comme ça ». De manière analogique, les parents apprennent en observant. On a souvent opposé psychologique et éducatif, alors qu’on peut allier les deux. Si le gamin continue, je quitte la pièce et lance :
« - Je sors, faites comme chez vous ».
Au bout d’un moment, le père vient me chercher :
« - Vous ne voulez pas rentrer ? »
« - Est-ce que le gamin va continuer ? Parce que moi, les gamins injurieux, je ne peux pas ».
J’ai appris à renoncer plus vite et surtout à ne pas tenter de dompter ou intervenir à la place des parents. Je pense que dès que le périmètre de sécurité est atteint, il faut arrêter. Le retrait est parfois thérapeutique, surtout sur des terrains que les usagers connaissent bien.
Quand les fratries sont solidaires, c’est bon signe. Dans le cas d’une parentalisation, ce n’est souvent pas le cas.
Les enjeux systémiques du travail avec les familles,
en institution
Pendant des années, on a appris à des professionnels à développer leurs compétences pour aider des enfants dans des familles défaillantes. Maintenant, on dit qu’il faut travailler avec les familles et leurs compétences. Introduire l’approche systémique en institution est extrêmement difficile. Quand on est professionnel, on veut être compétent, mais quand on est compétent, on rend l’autre incompétent.
Eric Trappeniers explique une période de son cheminement :
« Il y a 7-8 ans, j’en ai eu ma claque. Je pensais que les gens me disaient vrai. On me trouvait besogneux, mais les gens disaient : vous faites ce que vous pouvez, mais c’est inefficace. Et je me sentais stupide, inefficace. Mais cela ne se passait pas partout.
Depuis tout petit, je suis programmé pour aider. Je me retrouvais dans des situations, comme au fond d’une piscine, avec une ceinture plombé et juste une paille pour respirer. Tout ça m’a beaucoup fait réfléchir.
J’avais complètement sous-estimé un aspect : les professionnels ont des relations entre eux qui dépassent le cadre du travail. C’est dire comme j’étais naïf ! Et oui, les gens prennent des notes personnelles et les ressortent en milieu professionnel. J’ai alors abordé ce côté obscur et j’ai appris à repérer les relations implicites et explicites. Par exemple, il y a une hiérarchie implicite et une explicite : souvent, se sont les stagiaires, les nouveaux à qui on demande de parler en supervision…
On ne gagne pas à se montrer trop intelligent, et j’ai souvent eu des échecs à oublier de ne pas être frontal avec les règles implicites. »
Très fréquemment, l’institution est une machine à indifférencier : c’est l’exemple de la décision d’équipe avec un grand E. Décider ensemble, ça veut dire quoi ? Plus une hiérarchie est claire et plus on sait y répondre. Avec une hiérarchie dysfonctionnelle, on rencontre des situations loukoums*(*pâtisserie douce mais qui colle aux dents) : les personnes qui ont des positions de responsabilités mais qui ne veulent pas décider, pour ne pas être isolés et toujours être reliées à la base. Le pire étant quelqu’un de la base, qui prend un poste intermédiaire et qui a du mal à l’assumer.
La difficulté en institution, c’est qu’on ne peut pas avoir une approche systémique avec les usagers, puis revenir à une approche linéaire avec les collègues.
Dans les équipes, on rencontre beaucoup de problèmes de triangulation : pourquoi, quand on a un problème avec quelqu’un, on ne va pas lui dire, mais on va voir quelqu’un d’autre ?
On observe tous les jours une quantité de détails qui nous permettent de comprendre les règles. Même vous, vous pouvez vous observer : comment et qu’est-ce que vous vous autorisez selon le contexte.
Repérer les règles implicites et explicites est le n°1. Ne rien faire avant d’avoir compris le fonctionnement. Comment pouvoir utiliser la règle plutôt que d’en être la victime ?
Simulation d’une supervision d’équipe
Nathalie est déléguée à la tutelle dans une équipe de six femmes avec des formations diverses. Elle intervient dans le cadre de mesures d’accompagnement budgétaire à visée éducative. L’équipe est délocalisée, avec un chef à double casquette, Marc : il est chef de service et directeur adjoint, ce qui le rend très peu disponible (un jour par mois sur l’unité… ce qui laisse aussi de la liberté à l’équipe !). Depuis un mois, Marc a renoncé à sa casquette chef de service.
Patrick fait partie de l’équipe d’encadrement et a été mis à pied à titre conservatoire suite à des problèmes avec des salariées d’une autre équipe. Le conseil d’administration a décidé de le dégager de l’encadrement de l’équipe où il y a eu les problèmes et il y a 3 mois, il est nommé pour encadrer l’équipe où travaille Nathalie. Patrick amène un ordre du jour très différent. Avant, Marc venait une fois par mois, donnait des infos générales, une « vue d’avion » sans vouloir en savoir trop sur les suivis. Patrick, lui, arrive avec une vue microscopique, analyse de situations qui posent problème, etc. Il est très attentif aux situations et au contenu des rapports. Il va vite dans sa prise de poste, veut tout révolutionner, alors que cette équipe a fonctionné quasiment sans chef pendant 3 ans. Ce nouveau chef ne tient pas compte du contexte et ne cherche pas à s’allier à l’équipe. L’équipe de Nathalie est soudée, mais quand même, il ressort que certaines travaillent davantage que d’autres. Certaines, en formation, sont allégées de dossiers, et d’autres non.
Il y a 3 semaines, à nouveau un problème avec une salariée du siège associatif. Patrick est à nouveau mis à pied et une enquête interne de l’inspection du travail va se dérouler. Les griefs concernant surtout une salariée, Patrick a porté plainte contre elle. Du coup, Marc redébarque.
Redéfinition du problème par Eric Trappeniers
Quand on parle de son institution, on ne parle pas de soi. Mais le contexte nous attracte et parfois on se demande ce qui nous amène à faire des choses où on ne se reconnaît pas.
- Pourquoi vous me regardez comme ça ?
- Quoi, comment je vous regarde ? (réponse qui renforce)
- Il y a d’autres personnes qui vous regardent comme ça ? (réponse qui assouplit)
La redéfinition : l’équipe de 6 veut qu’on ne les emmerde pas. Elle revendique un chef mais n’en veut pas. Le gars G.I. arrive, met le ton et le rythme. Tout le monde gueule que ça va trop vite. Le chef a sûrement un problème d’autorité, de place et notamment avec les femmes. Donc lui, il vérifie ce qu’il a à vérifier et les collègues aussi. Pour l’instant, il n’y a pas de problème. J’ai recadré le problème : ce que Nathalie dit c’est ce qu’elle vit, mais ce qu’elle vit ce n’est pas la vérité, c’est ce qu’elle vit.
Nathalie précise qu’elle avait une place de celle qui disait ce qui n’allait pas, elle critiquait notamment les ordres du jour de Marc. C’est la position de celle qui va au carton pour les autres. Du coup, Nathalie est taxée d’agressive et on lui demande parfois de se taire. Nathalie ne veut plus prendre cette place.
Résumé des 3 temps
1- Marc, position d’en haut, 6 personnes avec Nathalie, pseudo porte parole, qui se heurte à Marc (forme d’humiliation en public), puis transactions souterraines pendant que les 5 autres sont peinardes.
2- G.I. Patrick, qui fait l’unanimité contre lui, est le bouc émissaire rêvé.
3- Retour de Marc : Nathalie se rend compte qu’elle occupe une place particulière (NB : c’est la moins ancienne de l’équipe…)
« On a les chefs qu’on mérite ».
Dans une supervision institutionnelle, on inclut l’équipe et la direction puisque la direction est comme des parents institutionnels. Le but de Eric Trappeniers est de remettre du lien entre l’équipe et la direction, pas de renforcer le clivage. Très souvent, les directions ne se rendent pas compte de ce qui se vit à la base. Si uniquement la base est présente à la supervision, cela ne sert que de régulateur homéostatique.
Il y a des endroits où la supervision est volontaire : en général, les bons s’inscrivent et les mauvais non.
Un problème récurrent : comment occuper une place qui est la sienne et non une autre ?
Question du public : comment introduire, créer du changement, sans en avoir le mandat, tout en restant allié aux règles du système ?
1 – S’allier au non changement
2 – Ne pas se confronter frontalement aux règles
3 – Pour avoir envie de modifier quelque chose, il faut un projet, un contenu : changer oui, mais pour faire quoi ?
4 – Il faut du temps.
Eric Trappeniers ne peut parler que de sa pratique, après chacun l’adapte à sa propre pratique.
Attention à la pseudo-hostilité : il s’agit d’oppositions apparentes. Quand c’est trop déconnant, on peut refuser.
Ex : Un directeur envoie un courrier à Eric Trappeniers pour lui dire que l’équipe qu’il supervise le déteste.
La peur, souvent, est liée à l’individuation. On prête à l’autre des pensées, ce qui fait qu’on craint le regard de l’autre. S’individuer, c’est accepter que l’autre puisse penser ce qu’il veut. Des personnes ont le don de vous renvoyer à une position antérieure qui invalide le changement.
Ex : Un couple dont un est dans l’alcool, essaie d’en sortir, et l’autre va le tester.
« Revendiquer n’est pas changer. On peut revendiquer le changement de l’autre, mais quand il change on ne l’aime plus. C’est affreux. »
Le point central est de s’individuer en restant en relation.
Je peux avoir un avis différent du tien tout en étant avec toi et pas contre toi. En théorie c’est très simple. En pratique, c’est extrêmement complexe.
Les gens disent « je veux… que ma femme soit gentille, que mon fils travaille bien à l’école, etc ». OK, mais qu’est-ce que eux ils sont prêts à faire ? Sont-ils croyants ? Car une prière à Lourdes peut tout aussi bien marcher !
Travailler de manière paradoxale produit du résultat, mais quand on travaille en institution, il faut expliquer aux collègues que ce n’est pas en séparant les gens qu’on les sépare.
Ex : Une mère dit que son fils dort dans son lit, elle sait que ce n’est pas bien, elle l’a lu dans « psychologie magazine », mais elle dit qu’elle n’arrive pas à faire autrement. Eric Trappeniers lui dit que ce n’est pas grave, mais que ça risque d’être embêtant quand son fils va commencer à avoir des érections. Du coup, en rentrant chez elle, la mère est tellement perturbée par la vision de cette idée qu’elle renvoie son fils dans sa chambre, en parvenant à trouver l’autorité qui lui manquait jusqu’ici.
Autre ex : Une famille explique que le fils insulte la mère à tous les repas. Puis ils se taisent et attendent une solution du thérapeute. Avant, Eric Trappeniers leur demande que Monsieur note les insultes à table. A partir du moment où le thérapeute le demande, les gens ne peuvent plus le faire.
Les situations d’impasses thérapeutiques :
Distinguer plainte, commande et demande
Se plaindre ne signifie pas qu’on revendique.
Se plaindre a une fonction, c’est-à-dire que c’est une solution.
La commande, elle, est extérieure : comment on passe de la commande à la demande ?
Simulation
Philippe, éducateur dans un CATTP service pédopsychiatrie, présente la situation d’un enfant José étiqueté « précoce ». Il semblerait que des tests psy confirment cela. L’enfant est très intrusif et ne supporte pas d’être lui-même « intrusé », sinon, il est violent. José, dit Philippe, est de structure psychotique. Les parents pensent qu’il est précoce. Les parents sont séparés, mais en pratique, les relations sont enchevêtrées, les frontières ne sont pas claires. L’équipe a pointé aux parents que leur préoccupation est la souffrance de José et non pas sa précocité. Le père de José se présente comme ayant été un enfant précoce et il dit que son fils est la réincarnation de Bouddha. La famille est d’origine asiatique. Philippe pense qu’être psychotique n’empêche pas d’être précoce.
Eric Trappeniers interroge comment aller au-delà du bras de fer entre la définition que les parents ont du problème, et la définition des professionnels.
Eric Trappeniers demande à Philippe quel rôle il veut jouer (« le père »), puis de choisir une personne pour jouer José et une autre pour jouer la mère.
Philippe désigne deux de ses collègues, malgré qu’elles lui aient dit qu’elles ne voulaient pas y participer quand il s’est proposé au tout début. Elles se prêtent néanmoins à l’exercice.
La famille entre. Le gamin s’installe immédiatement dans les plantes au sol. Eric Trappeniers le suit et s’assoit à côté de lui : « je vais avoir un souci, vais-je devoir passer tout l’entretien au sol ? ». Eric Trappeniers refuse de commencer la conversation tant que le problème de l’installation n’est pas résolu. La mère échoue à faire bouger son fils. Le père finit par y parvenir.
La mère énumère alors tous les problèmes.
Le thérapeute demande depuis quand ils sont séparés.
A ce moment, José retourne se cacher.
Le thérapeute dit qu’il pose les mauvaises questions.
Le père dit que José est comme lui : lui on le laisse à part car il est à part, c’est ça la précocité.
Le thérapeute revient sur le thème de la séparation et apprend que la garde de José est partagée.
Trappeniers : Qu’est-ce qu’on va faire ensemble ? Je suis démoralisé. Votre ex-futur conjoint dit que José est comme lui et qu’il n’y a rien à faire et qu’il n’y a pas de problème.
Père : Oui, il s’en sortira seul comme moi.
Mère : Mais il y a trop de problèmes à l’école.
Trappeniers : Mais vous n’êtes pas obligée de l’envoyer à l’école, il peut être scolarisé chez vous Madame.
Mère : Non, je travaille, moi.
Père : La dernière fois, il a tenu 2h à l’école.
Trappeniers : 2h c’est bien. Vous teniez plus, vous ?
Père : Non.
Trappeniers : Et le placer en hôpital psy ?
Mère et père : Non, on ne veut pas, en plus ils vont lui donner un traitement !
Trappeniers (à la salle) : Quelqu’un peut-il m’aider ?
Commentaire
Dans cette situation, les problèmes sont multiples :
- Bras de fer entre la définition du problème des parents et celle des professionnels.
- Philippe (père), qui sent que l’alliance se perd avec le thérapeute, insiste sur le côté bizarre du père. Il aurait dû choisir de jouer l’enfant pour éprouver cette position. Le père a la mainmise sur son ex, ce n’est pas lui la porte d’entrée.
- La mère est soumise à une loyauté par rapport à son ex.
- Pourquoi ne pas demander à Monsieur de soulager Madame en prenant davantage son fils avec lui ? Quand on écoute Madame, elle se préoccupe plus de se débarrasser de son fils que de son fils lui même.
- J’ai reçu la famille et je fais ce qu’on me demande. Nathalie (collègue qui joue le fils) dit à Eric Trappeniers : « si je comprends bien vous êtes dans une impasse totale ! comme nous ! »
* * *
Trappeniers : Je ne sais pas comment commencer. Monsieur, vous me faites peur.
Père : Ben pourquoi ? J’ai fais plusieurs arts martiaux, je sais me contrôler !
Trappeniers : Et vous Madame, vous avez déjà eu peur de lui ?
Mère : Non non…
Trappeniers : Je ne sais pas comment travailler avec un manipulateur.
Père : Quoi ?! Mais en quoi je suis manipulateur ?!
(L’enfant se barre, la mère le récupère en courant derrière)
Trappeniers : Vous ne bougez pas!, vous encouragez votre fils !, vous laissez votre ex-future femme se débrouiller seule !, etc.
Père : Je ne suis pas d’accord.
Trappeniers : Bon, vous m’avez dit que vous vous maîtrisiez grâce aux arts martiaux, alors j’y vais !
Père : Vous dites que c’est ma faute alors ?
Trappeniers : Non, je dis que vous renforcez le comportement de votre fils et qu’en faisant ça, vous rendez la vie de votre ex insupportable.
Père (au fils) : Tu crois que c’est moi le problème ?
Trappeniers : Pardon Monsieur, je sais que je ne me fais pas un copain en vous disant ça, mais je m’adresse à un papa.
Mère : C’est toujours pareil.
Trappeniers : Oui, c’est du bourrage de crâne. Monsieur est l’as du dernier mot. Je suis dans les limites de ce que je peux faire. Vous êtes maltraitant avec José, il ne me reste qu’à établir un signalement au procureur.
Mère : Je ne suis pas d’accord.
(L’enfant se barre à nouveau, Madame y va, Monsieur sourit)
Trappeniers (au père) : surtout ne l’aidez pas, ne bougez pas.
(Monsieur se lève et va chercher José)
Trappeniers : Je vous félicite Monsieur.
Commentaire
Pour stopper l’omnipotence du père, je ne peux que faire remonter une information signalante. A partir de là seulement, Monsieur se lève et il semble qu’il y ait un effet. Eric Trappeniers dit avoir repéré dès le début la relation d’emprise, dès que Philippe (l’éducateur, le vrai) a demandé à sa collègue de venir alors qu’elle ne voulait pas spécialement faire la simulation. Dans les équipes, s’autoriser à lâcher prise, à renoncer à travailler, est thérapeutique dans certaines situations.
