Mutualiser les compétences. Toulouse et Lille en Mars 2010

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MERCREDI 24 MARS 2010

>>> ERIC TRAPPENIERS :
FAIRE EMERGER LES COMPETENCES PARENTALES :
SIMULATION D’UN PREMIER ENTRETIEN FAMILIAL

Situation de la famille simulée :
Famille recomposée avec deux enfants, une fille et un garçon.
La mère demande à rencontrer le thérapeute car sa fille est en conflit avec son beau père (conjoint de cette dernière), ne veut plus manger et a de mauvais résultats en classe. Son comportement pose problème au couple.
Le cadet est en retrait, il ne pose pas problème à la famille.
Le couple est « jeune » puisque cela fait 6 mois qu’ils vivent ensemble dans la maison du beau père.
La femme a été mariée et elle est divorcée et l’homme n’a jamais été marié, c’est sa « première expérience de couple ». Il est l’entraîneur du garçon qui joue au football.

La simulation se fera en deux entretiens.
Lors de ces entretiens le thérapeute familial essaie de repérer les règles de fonctionnement (lorsque quelque chose se répète une fois c’est un hasard, deux fois une coïncidence, et à la troisième fois c’est une règle) afin de comprendre la répétition des patterns. Notamment les règles implicites, ce qui se vit.
Dans le premier entretien, la famille vient chercher des réponses, des solutions. Le thérapeute, prend la position inverse à celle d’un expert. Au lieu de rechercher des solutions, il prépare, anticipe le pire. Il amplifie les craintes implicites pour créer un rapprochement entre les protagonistes.

Lors du deuxième entretien, Eric Trappeniers met à jour les règles implicites, ce qui déstabilise le système familial et ainsi ne maintient pas l’homéostasie au niveau du fonctionnement familial. L’explicitation de ces règles peut mettre le système en crise. Cela créé un processus d’accélération. Il n’y a pas forcément congruence entre règles explicites et règles implicites.

Il est fait référence au symptôme (comportement de la jeune fille) comme moyen adaptatif au contexte. Il tente de comprendre à quoi répond l’enfant (logiques de loyautés). L’interrogation se porte sur la fonction du symptôme.

Les familles nous font répéter ce qu’elles veulent que nous répétions avec eux, en nous faisant« mettre les pieds dans les sabots qui ne sont pas les nôtres ».

Eric Trappeniers parle d’insuffisance (et non pas d’incompétence) pour rendre la compétence aux familles, les amener à trouver les ressources pour trouver des solutions. Le but est que les personnes se débrouillent seules.
Il souligne que ne n’est pas ce que l’on dit qui est important, c’est ce que l’on montre.

Dans cette situation de simulation, Eric Trappeniers indique qu’il s’est trouvé à un moment donné comme quelqu’un qui tombait au fond d’un puits pour pouvoir mieux remonter, seul. Introduire du sens permet d’assumer sa solitude.

>>> SYLVIE WIEVIORKA :
PEUT-ON TRAVAILLER SEUL ?

En lien et en transition avec l’intervention d’Eric Trappeniers, Sylvie Wieviorka souligne que chacun développe un style personnel en tant que thérapeute.

Ce qu’elle définit comme compétence, c’est la capacité reconnue dans un domaine particulier. La compétence ce n’est pas le savoir, le diplôme ; la compétence doit s’exercer, se pratiquer. Elle se vérifie par la pratique et par les résultats obtenus dans le travail, ce qui est difficile, compliqué dans le domaine tel que le nôtre et soulève la question de l’évaluation. Les indications sur la qualité de la psychothérapie sont difficiles à déterminer.
Dans le champ psychiatrique on peut être compétent aujourd’hui mais ne pas l'être demain. On observe des effets de mode. Par exemple les différentes approches psychothérapeutiques auprès des enfants psychotiques de Bettheleim.

Un exemple : dans un contexte d’accompagnement de personnes toxicomanes, où toute la famille n’est pas présente : « ma mère dit que vous n’êtes pas compétente puisque je consomme encore des produits! ».

Autre exemple : « Les autres ont échoué, il paraît que vous êtes compétente, aidez-moi ». Si on rentre dans ce rapport, cela influence la teneur de la relation. C’est l’exemple des personnes qui font « le tour » des structures.

Certains prétendent que nous ne soignons que des personnes déjà guéries… Idée que ceux qui demandent une aide ont déjà fait la moitié du travail.

Par rapport à sa compétence, on ne peut avoir que des indicateurs indirects et c’est la convergence de ces indicateurs qui vont donner la reconnaissance de la capacité, de la compétence.
Garder de la distance par rapport à notre propre compétence permet de prendre du recul, de regarder autour de soi les compétences des autres.

Dans le champ des addictions, plusieurs domaines se rencontrent : les consommations de toxiques, les comorbidités psychiatriques, les problèmes de santés (VIH, VHC…), les problèmes de justice, de finances, de travail, de logement, les problèmes relationnels, etc...
Pendant longtemps, on considérait que le problème premier était celui des consommations, alors on répondait par le sevrage suivi d’une postcure (avec « mise au vert »). Pendant longtemps, l’abstinence était LA solution. Puis, la substitution est arrivée : cela a défocalisé de l’abstinence et on a eu accès à tout le reste. Et c’est là que la question de la mutualisation intervient. L’idée de mutualisation introduit la notion d’échange, de réciprocité et de mise en commun.
Pluridisciplinarité, approche globale, partenariat : aucune logique ne prévaut sur l’autre et n’écrase l’autre. Les frontières doivent être clairement définies. Cela demande du temps de mettre en commun. On peut trouver un accord sur un désaccord avec le respect de l’autre. Compétences et mutualisation demandent à ce qu’il ait des endroits où on se parle.
Parfois, c’est le nombre élevé d’intervenants qui pose problème…
Evitons de mutualiser les incompétences !
La mise en commun, ça prend du temps, mais on ne perd pas son temps.
« Pour élever un oiseau, un parent suffit, pour élever un enfant, deux c’est mieux » (Carl Whitaker)
La mutualisation devient très compliquée à mettre en place quand il y a des conflits relationnels.

Dans les institutions, il y a souvent des ragots, des rumeurs, des échanges informels : il existe une complicité entre les gens quand ils existent.

Alors, peut-on travailler seul ?
Quand il y a beaucoup d’intervenants, il faut organiser son cadre de travail : si la personne veut vraiment travailler avec le 8ème intervenant, elle doit se désengager de certains autres.

Moment où on est seul, où on se sent seul, moment de solitude mais on peut être « habité » par des expériences et des personnes qui nous ont formés, que nous avons rencontrées….

Tout au long de son intervention, Sylvie Wieviorka étayera ses propos d’exemples et d’expériences qu’elle vit en intervenant en tant que psychiatre dans le champ des addictions en institution. Elle insistera d’ailleurs sur la nécessité, dans ce cadre, de la mutualisation des compétences et comment elle peut se mettre en place.

Elle souligne aussi qu’il y a paradoxe quand on demande qu’il y ait de la cohérence et de la créativité. Vouloir tenir le même discours peut devenir très dangereux et conduire à une certaine « dictature ».
« trop de cohérence amène l’obsolescence ».

>>> CHRISTINE VANDER BORGHT :
PARTAGER LES COMPETENCES PROFESSIONNELLES : LES TISSEURS ET LE LABYRINTHE

La construction/transmission des compétences professionnelles

Comment faire émerger les compétences ?
Regarder autrement (projection d’une diapositive : tisseurs : chacun construit son monde de compétence)
Le labyrinthe, notion du fil d’Ariane, fil à suivre et parcours à faire en se confrontant à des embûches, de fausses pistes.
Mais si on mutualise, on est quand même seul face aux gestes professionnels.
Mutualiser, c’est s’obliger à se questionner.

Christine Vander Borght fait référence à différents supports-outils à utiliser tels que :
La ligne du temps, le blason d’équipe, le jeu de l’oie systémique, la méthode des interviews réciproques, groupe de recherche.
Expérimenter les outils que l’on veut utiliser est un préalable. Aucun outil n’a de sens en soi, c’est la personne qui l’utilise qui lui en donne le sens. (cf. les objets flottants de Philippe Caillé et Yveline Rey)
Elle nous fait part de ses expériences par rapport à l’utilisation des ces outils dans le cadre de ses interventions auprès d’équipes en institutions.

« ce que tu as hérité de tes pères afin de le posséder, gagne le » Goethe
L’héritage ne se fait pas facilement, cela se gagne, cela demande du travail.

Modèle de construction des savoirs
Auto construction du savoir : se fait dans un rapport social (socio construction), c’est un édifice.
Un savoir est toujours une représentation de la réalité.
Savoir, savoir faire, savoir être : registres différents, cognitifs, émotionnels, relationnels.
Savoir individuel, savoir collectif : co-construction dans le temps, capacité à travailler avec les autres.

Parallélisme : formation, supervision, intervention ; il y a des effets d’emboîtements (poupées russes), d’assemblages auxquels nous sommes toujours confrontés. Cela renvoie à l’isomorphisme.
Quel effet la patientèle a sur l’équipe de professionnels ?
Les patients apprennent aussi en faisant, comme les professionnels.
On ne peut désirer pour l’autre, ni forcer à apprendre. Il est important de croire dans leurs compétences à réussir. On ne peut pas ne pas transmettre.

Transmettre dans le champ des soins psychiques :
Réciprocité : situation d’échanges
Complexité : rencontre et relation
Inter subjectivité
Travail sur soi-même
Coopération : relation de réciprocité ; on fait ensemble et pour les autres avec un intérêt commun. On en tire un bénéfice, chacun en profite à sa manière. Il faut qu’il y ait du respect, de la loyauté, de l’équité et de la confiance, négociation et complémentarité, partenariats : comment ouvrir le partenariat auprès des personnes que l’on accompagne ?

Présentation de la ligne du temps :

Grande feuille mise de manière horizontale où sont indiqués les point suivants :
Contexte général/valeurs/idées ! Balayage sur l’histoire du groupe, chaque personne de
Structure/organisation ! l’équipe s’exprime sur les thèmes évoqués ; cela est écrit
Commentaires personnels ! reconstruction, narration différente et construite à plusieurs
Dates ! c’est le processus qui est le plus important et non le résultat.

Le Blason

Il se compose de :
- La devise
- Le symbole
- Un personnage et ou un événement marquant
- Trois compétences reconnues
- Trois compétences à acquérir soi-même ou en équipe

Cet outil peut être en lien avec les interviews réciproques

Les objets flottants sont des prétextes à se parler mais ils sont cadrés.

Le jeu de l’oie
Principe du labyrinthe
Réalisation de soi
On retrouve les points suivants :
- Le pont : distance, séparation, prix à payer pour aller d’une berge à l’autre
- Le labyrinthe : on peut se retrouver mais aussi se perdre
- L’hôtel : « stand bye » on n’avance plus, on fait du sur place
- Le puits : on s’enfonce pour remonter ; impuissance mais aussi eau pour se ressourcer
- Prison : rien ne peut arriver ! mais stagnation
- Mort : la fin, le deuil mais peut être aussi pour une renaissance.

Groupe de recherche en pédagogie de l’institution
Lieu de travail transversal ; partage des informations, solidarité et mutualisation
Niveau d’interventions :
Demande et contexte, structure, consistance du projet, organisation, relations, personnes et histoire.

Conclusion :
Construire les conditions de l’appropriation de l’expérience et des savoirs.
Confiance/méfiance
Compétences attendues/reconnues
Dispositif interne de reconnaissance et de valorisation
Incertitude.

>>> LINDA ROY – JEAN-PIERRE GAGNIER :
MALADIE GRAVE ET COMPETENCE

Ils interviennent au Québec auprès d’équipes accompagnant des personnes atteintes de cancer.
Mettre en place une continuité et un relais pour permettre la qualité et l’accessibilité aux soins.
A l’heure actuelle au Canada, il existe une très forte pression sur la responsabilité individuelle.
Compétences en lien avec la responsabilité. : porter son juste poids en matière de compétence
Question de l’expertise dans le cadre du cancer, demande de la compétence ; pression de la demande justifiée de la famille du patient.
La compétence demande un espace : l’autre doit pouvoir exister dans la différence où la compétence va pouvoir s’exprimer, un espace pour le désaccord aussi.

Trois tendances au Québec au niveau de la compétence :
Disposition personnelle : qualités, capacités
Compétence résultat (quantifié) : évaluation (socio comportemental)
Compétence individuelle : qualité de l’intervenant
Collective : construite à plusieurs
Expérience : processus dans un temps et un contexte donné.

Mutualisation des compétences : négociation, rencontres des diverses compétences.
Il n’y a pas d’extraterritorialité
Reconnaissance de la ressource et de la limite.
Il y a une pression énorme car exposer ses compétences et peut nous amener à voir la limite de son propre métier.

JEUDI 25 MARS 2010

>>> GUY AUSLOOS :
COMPETENCE DES FAMILLES ET RESPONSABILITES

Un pédiatre américain parle de la compétence du bébé. Compétence jugée en fonction des besoins (le bébé a la compétence de crier pour montrer qu’il a faim ou autre).

La compétence des familles : des éléments de compétence apparaissent y compris celles qui sont en difficulté.
« si on cherche bien on peut trouver de la compétence auprès de famille et on peut s’appuyer dessus »
Les familles sont auto-organisatrices (cf la seconde cybernétique).
En embryologie on parle du caractère d’un tissu compétent : tissu qui a un potentiel.
En tant que thérapeute on doit être activateur d’un processus qui va amener le changement.

En fonctionnant le système vivant organise son fonctionnement : auto organisation, auto organisation au niveau des familles mode de fonctionnement original chez chaque famille.

Nous travaillons avec les représentations que nous avons des familles. Nous sommes responsables des représentations que nous nous faisons des familles (étiquetages, classification…) qui n’est pas la réalité.
Travailler avec les représentations de la compétence.
Respons/abilité : capacité à répondre. Comment activer la responsabilité de l’enfant qui a des difficultés scolaires, de la famille qui a des difficultés.
Etre thérapeute, c’est être témoin attentif, suffisamment présent.
Postulat de la compétence : le système familial ne peut se poser des problèmes qu’elle ne peut résoudre. Problème qu’elle se pose et pas problème qui s’impose tels que chômage, maladie, handicap, accident…qui laisse des parents démunis.

L’intervenant a à donner de l’information. Il s’autorise à être dans le confort. Pour intervenir, l’intervenant est responsable de son confort. On ne peut changer les autres, on ne peut que se changer soi-même. Comment changer de position quand on est en équipe afin de faire changer les représentations. Lors de présentation de situation nous sommes tous participants de ce qui se passe.

Il faut abandonner les remarques critiques qui sont souvent personnelles et ne font pas avancer.
Dans le cadre d’un placement, les parents le vivent mal. Il faut « apprivoiser » les parents (ex de l’histoire du raton Laveur). Comment mettre en place le processus d’apprivoisement : accueillir chaleureusement en signifiant l’intérêt, de l’amour qu’éprouve les parents vis-à-vis de l’enfant qui va être placé.
Ne jamais faire l’hypothèse que le problème du jeune est lié au problème des parents car c’est une réalité.
Les éducateurs ne pas responsables du soin mais de la qualité de vie des personnes accueillies.
Les parents ne sont pas des clients mais des partenaires.

Dans le cadre de l’exemple mis en place au Canada au niveau du répit familial, quand l’éducateur raccompagne l’enfant dans sa famille, l’éducateur peut apporter une pizza et la manger avec l’ensemble de la famille. Le professionnalisme ne se mesure pas quand on mange ou ne mange pas mais l’attitude que l’on a quand on mange avec la famille.

>>> PIERRE ASSELIN : LA PERSONNE EN DIFFICULTE, SES FAMILIERS ET LES INTERVENANTS : A CHACUN SA COMPETENCE

Pierre Asselin a une formation à l’intervention systémique donc tient compte du contexte.
Travailler au-delà du diagnostic, travailler auprès des personnes dans le quotidien, faire autrement, vérifier les solutions déjà utilisées (référence à Palo Alto).

Agir, intervenir là où cela se passe au moment où cela se passe, s’assurer que l’on a les moyens de ses actions.
Se poser la question : qu’est-ce qui fait qu’ils ont de bonnes raisons de faire ce qu’ils font ?

Le problème n’est pas le problème, c’est la solution utilisée. « Voir le monde par les yeux par lequel le voit la personne ». C’est avoir une attitude d’anthropologue. Les parents veulent être des parents.

La compétence est une question de relation.
Com : avec/pétence : tirer, gagner.
Tirer dans la même direction, aller dans le même sens.
La compétence peut être près de la compétition, ce qui donne aussi une idée de conflit, de compétition.

Performance : c’est faire les choses en fonction de ses capacités.

Deux théories :
Etiquetage : identification des déviances, santé mentale amenant la stigmatisation.
Enoncés performatifs : jeu linguistique « quand dire, c’est faire » Est-ce que le diagnostic n’est pas un énoncé performatif. (référence aux cahiers critiques thérapie familiale N° 38 « aider les jeunes en difficulté au-delà du diagnostic ».

Les intervenants et compétence
Trois points : engagement construit pratique ; adhésion à un projet dans la différenciation : être capable d’être en relation avec des personnes qui pensent et agissent autrement que nous ; humilité : accepter que les parents soient les chefs par rapport à leur capacité : idée de délégation : ex : quand on envoie son enfant à la musique on délègue par rapport à la compétence musique ; conviction : croire en la capacité des parents, à la compétence des familles.

Au niveau du travail, il est indispensable que les intervenants soient reconnus comme compétent.

L’incompétence : ingrédients de l’incompétence :

Définir les besoins des gens,
Travailler avec la demande des gens
La résistance et la démotivation : question de relation
La simplification : éviter d’exclure, d’isoler les variables ; il faut s’allier avec toutes les personnes
Proposer des solutions.